Programme de la journée du 13 mai 2008
9 :30 Présentation
Victor Rosenthal
MoDyCo-Université Paris 10
10 :00-11 :00 Neuroscience sociale - ou neuromimétique ?
Jean-Luc Petit
Université Strasbourg II & LPPA (UMRC 7152) Collège de France
Les neurosciences - cédant en apparence à une tentation hégémonique - développent de nouvelles extensions sur le terrain des sciences humaines traditionnelles : on avait une neuroscience de la cognition, des émotions et de l'action ; on annonce une neuroscience sociale, une neuroéconomie, une neuroéthique, un neurodroit. Parallèlement, l'appareil conceptuel des neurosciences, dérivé en premier lieu de l'idéologie représentationnelle et computationnelle des sciences cognitives, fait place à une conception explicitement neuromimétique : « neurones miroir », résonnance, synchronisme. Replacée dans le contexte de la psychologie naissante au tournant des XIXe - XXe s, cette évolution paraîtra la résurgence d'une tendance naturaliste à ramener la complexité de l'interaction communicationnelle en société à un principe unique d'imitation. Après avoir rappelé qu'asymétrie, diachronie, dissonance et résolution de la dissonance dans la durée sont au point de vue phénoménologique les caractères essentiels des actes sociaux, nous rechercherons les indices d'un hypothétique dépassement du neuromimétisme dans les récents travaux en imagerie cérébrale fonctionnelle prétendument appliqués à l'interaction sociale.
11 :00-11 :15 Pause
11 :15-12 :15 Phénoménologie et ontologie. La perception des structures émergentes
Carlo Conni
Università Vita-Salute San Raffaele - Milano
L'hypothèse qu'on va chercher à développer concerne les recherches sur les systèmes miroir. Ces recherches semblent démontrer que le cerveau a été développé de façon à permettre au sujet de reconnaître certaines unités holistiques de signification et de valeur à la fois dans le monde en général et dans divers domaines de l'expérience subjective, plus particulièement les actions, les interactions sociales et les objets. Nous pensons que l'urgence d'une approche phénoménologique de la cognition a été rendue plus évidente par les problèmes d'interprétation inédits que les recherches en neurosciences soulèvent. Nous insisterons sur le fait que la dimension phénoménologique (ou niveau phénoménal) ne concerne pas seulement l'expérience consciente du sujet, mais doit avoir un impact sur le fonctionnement des systèmes cognitifs et moteurs de l'organisme. Certaines relations de dépendance non causale entre la décision consciente de la personne et le fonctionnement des systèmes cérébraux sous-tendent des structures gestaltistes émergentes, ontologiquement fondées aux deux niveaux, interne et externe, de la réalité physique. Ainsi comprise, la dimension phénoménologique de l'expérience consciente apparaîtra comme une « interface », valable autant pour les systèmes cognitifs sub-personnels que pour la structure ontologique du monde.
12 :30-14 :00 Déjeuner
14 :00-15 :00 Assises empiriques de l'analyse phénoménologique du signe linguistique
David Piotrowski
CREA - École Polytechnique
Après un bref rappel des principales significations fonctionnelles reconnues au potentiel ElectroEncéphaloGraphique dénommé N400, on portera notre attention sur le fait d'une génération de cette onde EEG lorsque les données présentées aux sujets sont des logatomes. On établira rapidement l'incapacité des approches computationnelles (séquentielles comme interactionnelles) en linguistique à expliquer cette observation, puis, intégrant d'autres circonstances de production de la N400, on montrera a contrario que l'analyse phénoménologique du signe, telle que développée par Husserl dans les "Leçons sur la théorie de la signification", rend adéquatement compte de ces différents enregistrements du fonctionnement neurobiologique de l'activité de langage.
15 :00-16 :00 Formes symboliques et spatialité
Jean Lassègue
CREA-École Polytechnique
Les travaux et les discussions autour de la notion de neurones miroirs ont conduit à envisager des « états » de la perception caractéristiques des sujets impliqués dans un champ pratique (au niveau, par exemple, de la reconnaissance, de l'amorçage ou de l'exécution de gestes ou d'actions). Dans la perspective d'aller vers une caractérisation véritablement sociale de l'action et de sa perception, on se propose d'examiner les conceptions attenantes de l'espace. On observe en effet une sorte de dichotomie : soit l'espace est conçu comme une étendue neutre, ou un cadre vide, qu'une cognition abstraite viendrait informer « de l'extérieur » ; soit on le présente comme un espace qualitativement structuré dans lequel interviennent immédiatement des valeurs « mythiques » linguistiquement élaborées dans les interactions sociales.
En suivant cette seconde voie, et à partir d'exemples précis empruntés à l'anthropologie et à l'histoire des sciences, on insistera sur la socialité propre au sens de l'espace.
16 :00-16 :15 Pause
16 :15-17 :15 Les écritures entre visible et invisible : langage, arithmétique, informatique
Clarisse Herrenschmidt
Laboratoire d'Anthropologie sociale du Collège de France
L'écriture rend le langage visible, écrivis-je en 1996 (J. Bottéro, C. Herrenschmidt, J.-P. Vernant. L'Orient ancien et Nous. L'écriture, la raison, les dieux. Paris A. Michel), puis en 2007 (C. Herrenschmidt. Les trois écritures. Langue, nombre, code. Paris, Gallimard). L'écriture monétaire arithmétique rend visibles les rapports entre les nombres dans les figures géométriques. Avec l'écriture informatique, l'invisible a changé de point d'application. Je voudrais, à l'occasion de cette journée d'études, faire le point sur « Les écritures entre visible et invisible », tout en inaugurant de nouvelles perspectives.
17 :30-18 :30 Table ronde et discussion